Un atelier de teinture à l'Indigo avec Buaisou

Dernière mise à jour : août 21

Direction le Japon et plus précisément Tokushima dans le Shikoku, l’un des berceaux historiques de l’aizome au Japon. L’aizome ou « teinture à l’indigo » est plus ou moins développée à travers le monde mais de nos jours les techniques de teinture sont le plus souvent chimiques mais pas ici où le processus est éco-responsable.



Au Japon, la préfecture de Tokushima et celle d’Okayama notamment, sont réputées pour cet artisanat ancestral qui recours à l’utilisation des feuilles de l’indigotier (indigo des teinturiers ou indigo des Indes (Indigofera tinctoria) qui est un arbuste dont les feuilles sont utilisées pour la préparation de la teinture d’indigo). Cette technique de teinture était déjà très prisée par les guerriers de l’époque des luttes entre les provinces pour ses qualités pratiques et pour sa grande beauté. Aujourd’hui encore, il est possible de trouver des fermes qui pratiquent l’Aizome, en dépit de diverses difficultés.

Il faut savoir que les variétés d’indigo ne sont pas les mêmes selon les régions du monde et la ferme dans laquelle nous sommes allés utilise une variété peu courante faisant de belles fleurs roses en été, tandis que d’autres variétés ont des fleurs blanches.


Un procédé minutieux

“Des semis d'indigo à la teinture le processus ne prend pas moins d'une année."

Afin d’en apprendre plus sur la teinture Aizome, nous avons jeté notre dévolu sur la ferme de Buaisou. Cette ferme cultive l’indigo puis traite les feuilles jusqu’à l’obtention du sukumo sorte de réduction de feuilles d’indigo assez similaire à certains thés chinois en apparence. Nous avons appris à quel point le processus peut être long et minutieux pour qui veut le réaliser du début à la fin. Des semis d’indigo à la teinture effective, toutes les étapes ne nécessitent pas moins d’une année. Tout cela selon un déroulement rigoureux et très long de fermentation. Seules 7 fermes réalisent encore cela au Japon. La jeune équipe de Buaisou est assez unique car ils font toutes les étapes du procédé quand certains se contentent d’acheter le précieux sukumo. Une fois ce dernier obtenu on le mélange avec de l’eau alcaline (que l’on obtient en ajoutant les cendres récoltées par une usine locale de production de bonite séchée. Lorsque l’eau et les cendres sont mélangées, on attend que les cendres retombent puis on peut utiliser l’eau), on ajoute également de la poudre de coquillages et on doit garder toute cette préparation à une température bien précise. Tout cela dans des quantités assez folles.


L'atelier de teinture

Nous avons donc réservé un atelier pour teindre un chemin de table et un furoshiki (carré de tissu de 90x90cm) avec la technique de teinture à l’aizome et la technique de katazome. Il s’agit ici d’utiliser un pochoir et un écran de soie ou tout simplement un cadre de sérigraphie textile (insolé etc. mais c’est encore toute une technique qu’il faudrait expliquer) et on utilise une pâte de riz qui va permettre de garder sans teinture les zones recouvertes de cette mixture. Tout cela doit prendre des heures voir des jours mais en ateliers ponctuels forcément tout est condensé en quelques heures et donc la perfection n’est pas au rendez-vous et pour être honnête c’est aussi là une bonne partie du charme de la teinture.

Nous avons choisi la technique de katazome car nous voulions des motifs mais les artistes peuvent peindre directement avec cette pâte sur le tissu ou on peut simplement utiliser des techniques de pliage avec des presses en bois pour créer des motifs plus "naturels".

L’amusant dans tout cela est de ressortir aussi avec les mains bleues ! Les japonais croisés les jours suivants étaient tous si surpris et à nous répéter de nous laver les mains comme si nous étions sales ou ridicules alors que nous en étions plutôt fiers.


Bilan

L’expérience était géniale et unique car nous avons passé 4h avec eux et avons assisté au premier jour de création du sukumo. Le typhon Hagibis nous avait empêché de prendre notre vol pour l’atelier collectif prévu quelques jours plus tôt et Buaisou a eu la gentillesse de nous accueillir malgré cette journée très importante et chargée dans leur programme annuel.

Je vous laisse découvrir quelques photos de cette expérience.

Je précise ici aussi que tout cela a un certain coût et que si vous ne louez pas de voiture il me semble bien compliqué de rejoindre leur ferme. Mais bien entendu d’autres ateliers sont accessibles à travers le Japon y compris dans de grandes villes comme Tokyo.


Copyright photographies : Buaisou, Joffrey Maubert


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